La couleur des sentiments
Lors de sa sortie en salles en 1993, ce film avait produit sur moi une forte impression au point de le considérer pendant quelques temps comme mon film favori et d’avoir ensuite ressenti une forme de déception en découvrant les deux films suivants de la trilogie, Blanc et Rouge, pourtant eux aussi très réussis.
Trois couleurs : Bleu est l'archétype du film d'auteur dans le genre intello dont le scénario suit les états d'âme et les choix de Julie (Juliette Binoche), une jeune femme pour laquelle nous ressentons beaucoup de compassion car elle perd sa fille et son époux dans un dramatique accident de voiture. Musicienne elle-même qui vivait jusqu'ici dans l'ombre de son époux, un très célèbre compositeur, elle est contrainte de donner une nouvelle direction et donc un nouveau sens à sa vie.
Je trouve le personnage joué par Juliette Binoche paradoxal. L'empathie pour elle est forcément totale et pourtant son calvaire, sa froideur et ses réactions parfois à contrepied nous tiennent éloignés d’elle. La réfraction de la lumière, le filtre bleu de la pellicule personnifié par le beau pendentif, sorte de métaphore de son bonheur passé et l'omniprésence de la musique qui appuie le lyrisme de la mise en scène, en font un film à l'esthétisme très appuyé qui réhausse le drame de l'héroïne. Je crois bien que c'est le montage magnifique des images finales qui m'ont laissé une trace indélébile.